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      Les épreuves de la vie, passages, existence.

      Ce que les épreuves de la vie nous enseignent doit toujours nous interpeller sur notre propre manière d’envisager la vie et notre existence.

      « Penser la vie est une tâche à laquelle il est impossible de se dérober.»
      Jean Greisch

      Les épreuves de la vie sont à la vie ce que les émotions sont à l’être humain. On peut essayer de faire sans, cultiver la platitude et l’isolement, poursuivre l’ataraxie avec acharnement; une épreuve se présente, nous éprouve, et voilà que l’ordre se mute en désordre, que l’orientation se perd, que les sens s’aiguisent. Les épreuves de la vie génèrent de l’angoisse et du stress, quand ce n’est pas du désespoir ou de la joie. Elles nous mettent en contact avec de l’indifférencié, de l’insaisissable ou de l’intemporel. Il n’y a pas de relation d’objet à l’abysse ou au mystère, à ce qui fait perdre pieds.

      IL n’y a pas de représentation possible face à l’angoisse. Or, c’est bien pourtant cette même angoisse abyssale qui peut aussi être un déclencheur, « allumette existentielle », d’une transcendance à réaliser et donner corps, faire sens, à l’épreuve.

      Faire face aux épreuves de la vie, est ce qui permet le mouvement dans l’existence. Ce qui permet une transformation de soi susceptible de nous faire grandir, nous rendre plus fort, plus serein, ou bien nous connaître mieux à un niveau plus authentique et profond.

      Durant le Moyen-Âge européen, l’épreuve de justice se nommait l’ordalie. Il s’agissait de s’en remettre au jugement divin afin de déterminer qui, de deux plaignants, était du côté du bien et de la vérité. La prise de risques était généralement très élevée et la vie, à chaque fois, en jeu.

      Certaines expressions, présentes dans notre langage actuel, font encore écho à ces épreuves :

      • « Mettre ma main au feu », renverrait à la pratique de l’ordalie par le fer rouge qui consistait à « porter une barre de fer rouge sur neuf pas ».
      • « Baisser les bras », renverrait à la pratique de l’ordalie de la croix qui consistait à être attaché à un poteau, les bras tendus sur les côtés, en croix, et maintenir cette position le plus longtemps possible.

      Dans les sociétés traditionnelles, les épreuves de la vie imposées par le groupe forment le maillage des rites de passage de l’enfance, ou de l’adolescence, à l’état d’adulte et à la socialisation. L’ethnologue, Arnold Van Gennep, décrit le rite de passage comme comprenant un « schéma initiatique » qui lui-même comprend trois phases : la séparation, la réclusion, l’agrégation et le retour.

      Nous voyons, par ailleurs, que même si les conditions diffèrent, nous retrouvons également ce type de schéma dans un grand nombre de nos institutions et organisations actuelles : école, université, armée, sociétés secrètes, corporations etc., etc.

      Il s’agit donc d’épreuves parfois choisies, imposées par d’autres, ou bien de « mises à l’épreuve » sur nos chemins de vie. Ces dernières pourraient s’entendre comme de l’ « occasionnel »  générant des changements d’état ou des bouleversements de vie importants, alors qu’elles sont la plupart du temps vécues comme de l’ « accidentel » douloureux et parfois non sans raisons.

      Il ne s’agit pas de relativiser les épreuves de la vie, mais bien d’ouvrir la perspective de la possibilité d’un choix.

      Ceci m’amène à distinguer les épreuves de la vie qui ne laissent – définitivement pas, ou peu, de marge de manœuvre sur ce qu’était l’avant, comme la perte d’un être cher, la perte d’une capacité physique ou mentale (la vue, la mémoire, le jugement); de celles qui le permettraient peut être d’avantage.

      En ce sens, que les changements qui s’opèrent à l’intérieur d’un système relationnel font que le système demeure relativement stable.

      J’observe, par exemple, que beaucoup de couples qui se séparent font le choix de l’affrontement: c’est-à-dire le choix unilatéral, en lieu et place de négocier une paix souhaitable et faciliter un changement d’état. Cultiver l’affrontement aujourd’hui, c’est comme semer les graines des affrontements de demain.

      L’ « accidentel » peut être métabolisé en « occasionnel ».

      Nous avons le choix : c’est ce qui nous caractérise comme êtres humains existants. Au cœur du choix, réside l’enjeu de la transformation de la vulnérabilité, ou de l’orgueil, en potentialité, ou possibilité. Ce choix relève de notre responsabilité et liberté. Nous pouvons opter pour une logique de coupure ou bien pour une logique de passage.

      La logique de coupure génère l’isolement (momentané ou définitif), alors que la logique de passage comprend, en elle, viabilité et continuité.  Cela peut aussi s’appeler « résilience », à la manière dont le psychiatre Boris Cyrulnik l’entend et la conçoit.

      Comme le souligne Isabelle Taubes dans un très bon article publié dans Psychologies magazine (1), « Il faut éviter de raisonner en termes de destinée », c’est-à-dire en termes de fatalité, de « Moïra », comme dans la religion grecque antique. Il faut certainement aussi, dans de tels moments de vie, éviter de se cuirasser dans l’égo. C’est en fait l’occasion d’apprendre et de s’ouvrir, dépasser nos certitudes et acquis, envisager la vie à partir de l’existence, ce qui ne fait pas non plus l’économie d’un rapport aux autres et au monde transformé.

      Tout ceci peut se résumer en une seule proposition, au très beau titre du dernier livre du sinologue et philosophe François Jullien, ou la proposition de réflexion se condense dans le titre de l’ouvrage : « Vivre en existant ».

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      Ressources en ligne :
      1. http://www.psychologies.com/Moi/Epreuves/Souffrance/Articles-et-Dossiers/Faire-face-aux-difficultes-de-la-vie/Ce-que-les-epreuves-nous-enseignent/

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