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Émotion de base, la colère provient fréquemment d’un empêchement ou d’un blocage, une injustice ou une incompréhension et engendre de l’agressivité, de la combativité, du contrôle.

Rappel : que sont les émotions ?

L’étymologie du terme “émotion” nous renvoie à l’ancien français “motion”, ainsi qu’à la racine latine “emovere” : c’est-à-dire “mettre en mouvement”.

Les émotions mettent, en effet, en mouvement des dynamiques qui sont aussi bien intrinsèques, qu’extrinsèques : notre physiologie (interne) se modifie, nos comportements (externes) s’expriment.

La colère, quant à elle, est une émotion dite « omniprésente ». La colère côtoie la quotidienneté, parfois de façon assidue. Tout comme la peur, la colère porte sur des vécus identifiables.

1ère situation d’activation de la colère : l’empêchement ou le blocage.

La colère peut apparaître dès lors qu’un obstacle se dresse sur le parcours d’une personne : cet obstacle peut être psychologique, physiologique ou physique.

Si nous ne possédons pas la capacité suffisante de résistance à la frustration, qui procède d’un travail sur soi ou bien d’une certaine forme d’éducation, la colère se manifestera très certainement.

L’obstacle, qui produit la colère, empêche la poursuite d’un but qui est important pour soi : c’est-à-dire l’extension d’un sens donné et la mobilisation de valeurs correspondantes.

Ainsi, l’obstacle, sous la forme par exemple de l’« insensé », convoque la colère comme principe actif et réactif, et peut être subi comme une fatalité (référence à la passion comme mentionné plus avant) en déplaçant la responsabilité du côté du « On », le destin, la (mal)chance, la malédiction, etc., etc.

Or, toute référence à « On » déresponsabilise « Je ».

2ème situation d’activation de la colère : l’injustice ou l’incompréhension.

Ce que nous considérons comme ce qui devrait, naturellement et comme « allant de soi », nous être dû, ne l’est en fin de compte pas.Le psychothérapeute américain, David Richo, relève dans son livre (1) cinq choses qui font obstacle et que l’on ne peut pas changer dans sa vie :

  1. L’imprévu.
  2. Le manque d’amour.
  3. La souffrance.
  4. L’injustice.
  5. L’impermanence.

Bien que le propos soit discutable, et parfaitement discuté, nous pouvons noter que l’injustice figure sur la liste des choses qui s’imposent à nous.

Chose pour laquelle la colère va très naturellement s’inviter comme réponse possible, et nous confier, un temps, l’illusion d’un pouvoir-agir encore possible, voire souhaitable.

Toute injustice est, de fait, vécue comme une atteinte à notre idéal de vie.

Dans les deux cas, comme le souligne l’auteure Flavia Mazelin Salvi dans son article (2), il est conseillé de ne jamais nous exonérer de nos propres responsabilités et savoir reconnaitre les émotions que nous vivons dans une situation vécue comme injuste.

L’« Inside » de la colère : agressivité et contrôle.

« La colère est l’émotion la plus investie par la passion. » (3)

L’étymologie du mot passion nous renvoie au latin « patior », « pati », et son homonyme grec : « pathos », signifiant « souffrance » et aussi l’ « état de celui qui subit ».

Dun point de vue psychologique, ou même philosophique, la passion est un état qui condense et active certaines émotions primaires sans donner, en contrepartie, la possibilité d’une prise de recul ou d’un raisonnement distancié vis-à-vis de la situation. (4)

La colère est un emballement énergétique qui active la prédisposition au combat.

Selon certains chercheurs qui ont dressé la première carte corporelle des émotions (5), la colère, véritablement exprimée, concentrerait la chaleur du corps dans sa partie haute et ses extrémités supérieures, jusqu’aux poings refermés, ce qui tendrait à préfigurer l’attitude au combat.

En ce sens d’ailleurs, la colère, peut se parer de l’agressivité et ainsi provoquer une mise hors-circuit de la raison, doublée d’une mise en danger de soi-même ou d’autrui.

Ce qui caractérise l’agressivité est :

  • Le besoin de dominer (soumettre) rapidement, et/ou brutalement, autrui.
  • Le besoin de contrôler (dominer) une situation.
  • Le besoin d’anéantir autrui.
  • Le raccourcissement des distances physiques entre personnes, et par conséquence, le franchissement des distances (barrières) sociales.
  • La destruction.

Le rôle premier de la colère est donc une reprise en mains de la situation, de manière instinctive, sous-tendue par un besoin de contrôle intériorisé.

Cet effet fonctionnel produit et renforce le sentiment de contrôle et aboutit parfois à la réussite de l’entreprise.

« Les gens (par exemple les politiciens) qui expriment leur colère suite à un tort obtiennent généralement plus de respect et de prestige que les gens qui expriment leur tristesse ou leur culpabilité (Tiedens & Linton, 2001). » (3)

La question de la régulation de la colère est donc cruciale dans le rapport à nos relations, au potentiel d’action et d’activation corporelles d’une personne.

L’enjeu majeur de la régulation de la colère concerne le plan de la construction / destruction des rapports interpersonnels et environnementaux.

Bibliographie indicative

  1. RICHO, David. Les cinq choses qu’on ne peut pas changer dans la vie. Editions Payot Poche. Paris, 2012.
  2. MAZELIN SALVI, Flavia. Article en ligne : Accepter ce que l’on ne peut pas changer. Psychologies Magazine Web :
    http://www.psychologies.com/Therapies/Developpement-personnel/Epanouissement/Articles-et-Dossiers/Accepter-ce-que-l-on-ne-peut-pas-changer
  3. REEVE John Marshall. Psychologie de la motivation et des émotions. Editions De Boeck Supérieur. Louvain-la-Neuve, 2017.
  4. Article en ligne : Passion (philosophie). L’encyclopédie libre Wikipédia.
    https://fr.wikipedia.org/wiki/Passion_(philosophie)
  5. https://www.science-et-vie.com/corps-et-sante/des-chercheurs-dressent-la-premiere-carte-corporelle-des-emotions-4898

Cet article a 2 commentaires

  1. francis bussac

    excellent article, précis et parfaitement juste.

    1. Norbert Macia

      Merci Francis, c’est toujours très encourageant de lire des commentaires comme celui-ci !
      Bien amicalement, Norbert

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