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      Gestion du temps et représentations

      La gestion du temps et la question du temps nous offrent la possibilité de questionner nos représentations, modèles, croyances et priorités.

      « Le temps est le rivage de l’esprit, tout passe devant lui, et nous croyons que c’est lui qui passe. »

      Antoine de Rivarol

      Gestion du temps et représentations

      Lorsque nous discutons de  gestion du temps, nous envisageons généralement la question sous l’angle suivant : l’activité « gestion » appliquée au facteur « temps ». Cela apparaît comme une évidence dans le monde de l’entreprise, notre vie sociale ou bien encore dans notre organisation personnelle. Le temps serait quelque chose que l’on pourrait maîtriser et gérer, quand il n’est pas pris, perdu, trouvé, volé ou encore donné.

      Parler du temps, ou bien aborder la question du temps dans un contexte précis, correspond toujours à une manière de se le représenter y compris lorsque cette façon de penser est fausse.

      En matière de temps, comme dans pour bien d’autres domaines, le langage est souvent un faux ami lorsque l’attention et la réflexion nécessaires à sa justesse ne sont pas au rendez-vous.

      « Si le temps s’écoule, dans quoi s’écoule le temps ? » (Etienne Klein)

      Les représentations sur le temps donnent une idée fausse du temps, car elles tournent le dos aux principales relations de réciprocité, correspondance ou cohérence nécessaires au fondement véridique d’une proposition.

      Elles sont cependant nécessaires.

      Si le langage nous fait défaut, il n’en demeure pas moins vrai que nous avons besoin de nous représenter le temps pour le penser, et agir à partir de nos représentations.

      Gestion du temps et rapport au temps

      Questions : Qu’est-ce que  le temps ? Le savons-nous précisément ? Sommes-nous pleinement conscients de notre rapport au temps ?

      En réalisant un petit sondage autour de nous, nous nous apercevrons  très vite que la question du temps est difficilement saisissable pour beaucoup d’autres nous.

      Ainsi, une première difficulté se fait jour : comment apprendre à gérer efficacement notre temps si nous ne savons pas définir clairement ce qu’est le temps ?

      Lorsque nous pensons au temps, nous pensons aux représentations du temps, aux mesures de celui-ci, jamais au temps propre car celui-ci est difficilement représentable.

      Nous gageons par contre volontiers que le temps est sa propre mesure. Or, la mesure du temps est bien ce qui concerne précisément la gestion, mais non ce qui permet la viabilité, l’accès, au temps propre et à sa dimension consubstantielle qu’est l’espace.

      C’est cette permanence de contact, espace-temps, qui nous conduit pourtant à nous orienter, nous diriger, nous organiser, expérimenter et entreprendre. Nous avons besoin d’espace et de temps pour nous réaliser, habiter, aimer, vivre et mourir.

      Nous en avons besoin car notre corps, notre présence physique et biologique est médiatisée par le monde des objets qui s’inscrivent eux-mêmes dans l’espace-temps. Mais nous en avons aussi et surtout besoin car notre présence est comptée, quand elle n’est pas comptabilisée : c’est-à-dire « éprouvée » quotidiennement par des expériences de séquençage, de déplacements et de changement de rythmes.

      C’est bien cela qui caractérise notre finitude : un processus dynamique d’enrichissement et d’usure réciproques, entropique, à l’œuvre depuis la naissance jusque l’inéluctabilité de la mort physique et biologique.

      « Le problème de la vieillesse, c’est que ça n’arrive qu’à des gens jeunes. » (Éric Emmanuel Schmitt)

      Ainsi, le temps, en lui-même, ne passe pas. C’est nous qui passons (et trépassons) à travers lui.

      La gestion de temps n’est, en somme, qu’une possibilité d’interprétation (parmi d’autres) de notre rapport au temps, fondée essentiellement sur le gain (supposé) de temps. Elle favoriserait, de fait, une accélération de notre activité dans le temps et un gain d’efficacité (à l’occidentale) : nous voulons gérer mieux et plus notre temps pour faire plus de choses dans un espace-temps déterminé.

      Gestion du temps et vitesse

      Selon l’urbaniste et essayiste Paul Virilio, progrès, vitesse et accident sont intimement liés par des liens de causes à effets démontrables. Il avance ainsi l’idée de « temps accidentel » : « (…) c’est-à-dire un instant qui ne participe ni au passé, ni à l’avenir, et qui est foncièrement inhabitable. » (1)

      L’idée de Paul Virilio suppose que toute rupture dans la continuité est un accident dans le continuum espace-temps.

      Or, s’il y a bien un domaine qui repose sur ce type de rapport au temps, c’est bien celui de la finance globalisée. Les bourses et les marchés financiers sont les centres névralgiques de l’accélération permanente.

      Les calculs et les prix des actifs financiers se modifient plusieurs fois par seconde, ce qui ne relève d’ailleurs plus du calcul humain, et  ne manque pas de donner crédit à la thèse du temps accidentel.

      Thèse, par ailleurs, amplement validée par l’Histoire qui ne cesse de donner raison à Paul Virilio, comme ces dernières années nous l’ont, une fois de plus, prouvé.

      Lorsque nous voulons aller plus vite, pour effectuer plus de tâches, nous donnons également crédit à ce type de modélisation du temps. Cette gestion-là du temps se fonde sur les mêmes principes sous-jacents d’accélération et de profit.

      La vitesse constante de toute chose est une chose en soi, alors que l’accélération par rapport à la vitesse est une forme de violence en soi. L’accélération augmente les possibilités de conflits et d’accidents.

      Questions : Quel type de rapport au temps voulons-nous, quel monde voulons-nous ?

      Ces modes de fonctionnement font que l’espace circulaire des usagers se transforme en couloirs. Nous traversons nos situations de vie en lignes droites balisées, tels des chevaux de course à la sortie des box.

      La vision circulaire se réduit au point d’en affecter notre conscience et perception de notre environnement proche ainsi que l’attention portée aux autres, changeant par là-même le familier en lointain : observez, vous constaterez que dans de telles dispositions à l’égard de l’espace-temps, nous prenons plus de risques dans notre quotidien, nous augmentons notre probabilité de collisions (y compris collisions d’humeurs) et nous versons plus facilement dans l’indifférence et l’étrange.

      Nous fonçons !

      Alors même que nous disons que nous n’avons pas de temps, ce qui justifie (faussement) que nous foncions, nous accélérons de plus belle pour essayer de gagner du temps (…).

      Comme le souligne Jeremy Rifkin (2), l’accélération des échanges modifie nos consciences et créé progressivement de nouveaux automatismes comportementaux pouvant conduire à l’aliénation mentale.

      Les choses auxquelles on accorde une réelle valeur, et beaucoup d’importance, demandent du temps, se font et se défont dans le temps.

      Si nous concevons le temps comme un continuum plein et constant, comme par exemple la surface blanche d’une feuille de papier A4 (autre représentation possible), la question est : qui écrit sur notre feuille, nous-mêmes, les autres, ou bien un système autonome qui a développé sa propre logique ?

      Gestion du temps et priorités

      Piste de réflexion : Remplacer « je n’ai pas le temps » par « je fais des choix ».

      Le  temps contraint est, contrairement au temps libre, un temps imposé, soit par nous-mêmes, soit par d’autres.

      Lorsque nous travaillons en coaching sur des problématiques de gestion du temps et des priorités, je fais régulièrement le constat que le rapport au temps vécu n’est jamais, ou trop peu, ou trop mal, questionné à partir de la prise de décision et la gestion des priorités.

      Question : Qui décide de quoi  et dans quelles proportions ?

      Bien souvent, c’est la solution miracle qui est demandée : la petite pilule bleu qui redonnerait de la vigueur à notre maîtrise et gestion du temps.

      Pourtant, les outils existent bien et ils sont nombreux. Ils doivent cependant servir l’utilisateur et non le rendre dépendant d’eux.

      Cela nous demande d’effectuer des choix, dans les tâches que nous devons réaliser à court, moyen et long termes. Cela nous demande avant tout d’entretenir une réflexion constante sur ce qui se passe en nous, et comment cela se passe.

      Cette réflexion peut se mettre en marche à partir des trois critères suivants (ce n’est qu’une façon de faire parmi d’autres) :

      1.      Urgence

      2.      Importance

      3.      Priorité

      La notion d’urgence est, rappelons-le, intimement liée à la notion de retard, qui elle-même  peut se revêtir d’une notion d’importance en fonction des conséquences que ce retard a sur nos affaires courantes.

      C’est, en quelque sorte, la sonnette d’alarme largement usitée dans certains modèles de conduite du changement, comme par exemple le modèle de Kotter, où les différentes étapes du changement sont conditionnées par l’étape n°1 : « Créer le sens de l’urgence ».

      La notion d’importance revêt un aspect de gravité, de sérieux, d’essentiel, et peut en cela s’opposer à l’accidentel.

      L’essentiel est, rappelons-le, -par essence- absolument nécessaire, fondamental, vital au bon déroulement des affaires courantes. Il y a donc, dans la notion d’importance, une notion qualitative très marquée.

      La priorité est la « Qualité de ce qui vient, passe en premier, dans le temps. », sans pour autant être nécessairement impliquée dans l’urgence ; ou bien l’être de manière subordonnée.

      La célèbre matrice de gestion du temps et des priorités qui repose sur ce principe de choix et d’organisation est la matrice Eisenhower (autre représentation possible d’un rapport au temps) ; fruit de la réflexion du non moins célèbre 34ème Président des Etats-Unis : Dwight David Eisenhower.

      Pour ma part, je la classe bien plus dans les outils de prise de décision que dans les outils de gestion du temps. Et, c’est à ce titre que je lui trouve d’ailleurs un intérêt bien que cette dimension-là ne soit pas suffisamment développée et mise en valeur dans l’outil.

      Gestion du temps et prise de décision

      Pour établir des priorités, il faut être en mesure de prendre des décisions, faire des choix dans un temps imparti, et donc comprendre ce qu’une prise de décision implique sur le plan personnel (et/ou collectif).

      Dans une contribution à la Revue française de gestion (3), l’auteur et professeur de gestion Emile-Michel Hernandez défini trois dimensions principales propres à la prise de décision :

      1.      La rationalité

      2.      La logique d’action

      3.      La construction de sens

      J’en donne, pour ma part, une autre traduction possible  qui me paraît être complémentaire :

      1.      La dimension cognitive

      2.      La dimension conative

      3.      La dimension affective

      Appliquée à la gestion du temps, et à l’établissement des priorités, la prise de décision s’appuie sur :

      1.      Les aspects rationnels (et cognitifs) d’un choix : choisir en raison une option, plutôt qu’une autre, dans l’idée que le choix sera le plus à même de me garantir le résultat escompté.

      Appliqués à l’entrepreneuriat (en général) et à la dimension économique, nous parlerons d’une logique d’optimisation : c’est-à-dire que le choix doit produire le maximum de bénéfices possibles en minimisant le plus possible les coûts ou les risques.

      2.      La logique d’action (et dimension conative) : on pourrait également parler d’intentionnalité, de volonté de conscience dirigée sur un choix déterminé, dans une idée de cheminement et d’aboutissement qui respectera le but visé, c’est-à-dire l’action.

      Appliquée à l’entrepreneuriat (en général) et à la gestion du temps, la logique d’action peut reposer, par exemple, sur des logiques de causalité ou des logiques d’effectuation. En fonction du choix réalisé au départ, le chemin sera en tous points différents alors que la finalité recherchée pourra être la même.

      3.      La construction de sens (et dimension affective) : la construction de sens peut se concevoir comme étant imbriquée dans les deux autres dimensions. Le sens, c’est le positionnement, l’interprétation, mais aussi la direction (le mouvement). La dimension affective me semble être particulièrement apte, et singulièrement corrélée, à la construction de sens.

      La décision affective (ou encore « impulsive »), peut précéder la réflexion et affecter de manière typique la construction de sens en influent sur lui.

      Appliquée à l’entrepreneuriat (en général) et à la gestion du temps, la construction de sens se confronte (ou se conforte) quotidiennement à l’expérience émotionnelle et sentimentale. Nous savons aujourd’hui qu’une grande part de notre discours, et communication, ne relève pas de la conscience ou du moins rentre en frottement quasi permanent avec elle, quand ce n’est pas en conflit ouvert avec la parole prononcée.

      Le territoire de l’inconscient dessine ainsi la carte de notre mémoire oubliée.

      « Concourir à » quelque chose, à un projet commun, à un collectif, construire une « unité de sens » ou un « sens du bien commun » (Roger Nifle), se fait dans un rapport à l’altérité et au monde qui sous-tend, comme condition préalable, de composer en mode continu, « de concert », avec ces différentes dimensions propres de notre rapport au temps.

      Synthèse

      En résumé, une gestion du temps intelligente ne devrait pas confondre l’observateur et l’observé. Le temps est un continuum permanent qui comprend l’espace comme possibilités d’exploration et de contribution, espace dans lequel nous nous « gérons » à l’aide de nos représentations, croyances et modèles. Les meilleurs modèles sont ceux qui fonctionnent le mieux pour chacun d’entre nous, ceux qui sont souvent les meilleurs sont ceux qui laissent des possibilités d’ouverture, de dialogue, de transformation, de liens, de prise de recul et de réflexion. Nous pensons et agissons à partir de ce que nous expérimentons et emmagasinons tout au long de notre histoire personnelle et collective. En son sein, gît un continent oublié. Cette histoire personnelle et collective est géo-localisée dans l’espace et vécue dans un temps qui est notre temps propre sur fond de temps culturel et civilisationnel. Notre temps se pense donc dans un rapport au Temps, qui surpasse largement les attributs néo-darwiniens les plus présomptueux de l’Homo Economicus assuré,  « Prophète égaré des temps nouveaux » (4).

      _

      Bibliographie et filmographie recommandées

      1. Paul Virilio, Penser la vitesse, un film de Stéphane Paoli, Arte Editions, 2008
      2. Jeremy Rifkin, La troisième révolution industrielle, Collection Babel, Actes Sud, 2013
      3. Emile-Michel Hernandez, article Les trois dimensions de la décision d’entreprendre, in Revue française de gestion 2006/9 (n° 168-169), Editions Lavoisier
      4. Daniel Cohen, Homo Economicus : Prophète égaré des temps nouveaux, Albin Michel, Collection Essais Documents, Paris, 2012

      2 Commentaires

      1. Matesanz

        J’aime, Norbert, penser que comme ce sont les temps et les espaces que nous partageons entre humains c’est plutôt l’existence des autres qui nous pèse lorsque nous pensons le temps et la place, qui se rejoignent j’en conviens. Et c’est alors dans notre histoire avec autrui que nous pouvons retrouver le temps perdu, et gagner du temps ! Et tant d’amour… Encore 🙂

        Réponse
        • Norbert Macia

          Merci Eva pour ce commentaire que je fais mien. Belle continuation à vous deux, je ne désespère pas de pouvoir vous rencontrer un jour. Un fuerte abrazo

          Réponse

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